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2019 sera IA ou ne sera pas

Comme chaque année, le premier trimestre dessine les grandes tendances à observer et à suivre avec assiduité. 2019 sera IA ou ne sera pas.

Déborah Labre
Déborah Labre
2019 sera IA ou ne sera pas

Comme chaque année, le premier trimestre dessine les grandes tendances à observer et à suivre avec assiduité. Et comme chaque année, c’est avec beaucoup de délectation que nous avons découvert les 10, 20, 30 grandes tendances qui marqueront nos quotidiens pour les prochains mois.

C’est avec peu de surprise, mais néanmoins beaucoup d’enthousiasme, que nous constatons que l’IA, dans son ascension incroyable, truste tous les classements ! Déjà profondément ancrée dans l’ensemble des secteurs, qu’il s’agisse des ressources humaines, de la relation client, de l’éducation, de la santé, des transports, de la défense et même de la mode, l’IA est en tête des intentions d’investissement de toutes les entreprises, mais elle est aussi l’un des sujets phares de nos administrations. Il semblerait donc que 2019 soit IA ou ne soit pas. Force est cependant de constater, que l’IA demeure un sujet clivant qui divise encore largement.

L’Intelligence Artificielle voie du futur ou dérive de l’avenir

L’IA est un sujet plein de contrastes qui ne laisse cependant apparaître que bien peu de nuances. Entre les progressistes qui y voient notre avenir et les dubitatifs qui y voient notre perte, l’IA est un sujet presque épineux, longuement discuté et largement débattu. En effet, 2018 aura grandement témoigné de ce que l’IA, dans son sens le plus large, nous réserve de meilleur, mais aussi de pire. De la simplification du quotidien par l’émergence des objets connectés intelligents, des chatbots, des moteurs de recommandations super puissants (Waze, Spotify, etc.), en passant par la réalisation de nos rêves les plus fous avec des avancées majeures en matière de mobilité notamment (la voiture autonome), les promesses de l’IA ouvrent le champ des possibles en donnant vie aux plus grands fantasmes technologiques. En revanche l’IA, de par son fonctionnement intrinsèque (collecte & analyse de larges volumes de données qui forme sa matière première) peut conduire à des dérives dignes d’une dystopie Orwellienne. C’est par ailleurs, ce dont témoigne de manière tout à fait effrayante et remarquable la série Black Mirror amenant à son paroxysme l’utilisation poussive et malveillante des données nous plongeant ainsi dans un monde redoutablement asphyxiant et pour le moins invivable.

Citons ici le cas on ne peut plus réel et pour le moins démentiel de la Chine, qui a déjà commencé à amorcer son système de notation des citoyens (prévu pour 2020), entraînant pour les chinois ayant de mauvaises “notes sociales“ l’interdiction d’acheter des billets de train ou d’avion. L’Intelligence Artificielle serait-elle le paradoxe de notre siècle, à la fois moteur puissant du progrès et de l’évolution mondiale mais aussi représentation ultra-réaliste de notre peur de l’inconnu et des dérives qu’il peut engendrer ?

Manifeste en faveur d’une souveraineté data Européenne puissante et résolument éthique

L’IA se pense dorénavant de manière globale, pour ne pas dire mondiale. En seulement quelques années, l’IA est devenue une priorité pour les états tant elle représente des enjeux stratégiques en matière de politiques économiques, de politiques sociales et culturelles, mais aussi de sécurité. La compétition mondiale est lancée et chacun cherche à gagner la bataille en imposant ses avancées. Comme le rappelle le rapport, Donner un sens à l’intelligence artificielle — pour une stratégie nationale et européenne porté par Cédric Villani, la France et l’Europe accusent un retard certain face aux USA et à la Chine notamment. En effet, ces puissances mondiales se sont imposées en soutenant des entreprises nationales spécialisées dans la collecte et de la valorisation des données pour asseoir leur prééminence, référence ici aux GAFAM & BATX (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft & Baidu, Alibaba, Tencent & Xiaomi). Ce rapport insiste lourdement sur le fait que “la donnée constitue un avantage compétitif majeur dans la concurrence mondiale pour l’IA et de ce point de vue, il est indéniable que les géants américains et chinois du numérique partent avec un avantage considérable“. En France, par exemple, 80 % des visites vers les 25 sites les plus populaires sur un mois sont captées par les grandes plateformes américaines. Le constat est donc lourd : la France et l’Europe ont perdu la bataille autour des données à caractère personnel (données de navigation, données mobiles, données sociales, etc.) et malheureusement cette tendance semble pour le moins difficile à inverser.

Néanmoins, nos élus semblent avoir pris la juste mesure du combat dans lequel nous devons prendre place, et affirme aujourd’hui de manière intelligible que la création d’une souveraineté puissante et éthique est au cœur de leurs ambitions. C’est par ailleurs, ce que s’est attaché à rappeler Mounir Mahjoubi, ancien Secrétaire d’État au numérique et ce que démontre notamment les mises en place successives que sont la DSP2 et le RGPD. Comme l’indique le rapport sur l’IA, porté par Cédric Villani, ces initiatives sont d’autant plus importantes qu’elles nous permettront de nous imposer dans le second acte qui s’amorce et qui “portera sur les données à caractère sectoriel“. Nous allons incontestablement dans le bon sens, mais il est impératif d’aller encore plus loin, beaucoup plus vite.

Une nouvelle bataille à mener mais surtout à gagner

Nous sommes convaincus que le point de pivot pour s’imposer réside principalement dans notre capacité à créer un socle de confiance autour de l’IA. Et pour cela il est nécessaire que l’état s’engage à nos côtés, dans des démarches visant à :

  • Dépasser le simple “consentement explicite“ prévu par le RGPD pour aboutir à un véritable “consentement éclairé“. Le consentement explicite est bien trop souvent mal compris, trop vite accepté, sans réelle connaissance de l’utilisation finale des données. L’idée serait de lever tout forme d’opacité en permettant aux citoyens européens de comprendre facilement l’utilisation faite de leurs données, afin qu’ils adhèrent sciemment au partage de ces dernières ;
  • Accélérer le partage et la mutualisation de la donnée en accompagnant les entreprises dans l’APIsation de l’économie européenne ;
  • Soutenir des fleurons européens pour sécuriser et pérenniser l’usage de l’IA en Europe (un soutien pouvant être financier, d’évangélisation, de mises en contact, de pénétration du marché européen, etc.). En effet, permettre à des champions européens de la donnée d’émerger, c’est s’appuyer sur des entreprises régies par une même législation éthique, c’est impulser un standard européen fort et ainsi limiter les dérives liées à une utilisation poussive et malveillante des données.

Il est d’autant plus urgent de renforcer nos positions, qu’une nouvelle bataille cruciale s’amorce. En effet, l’une des données les plus puissantes et les plus prédictives reste à conquérir : la donnée bancaire. Cette donnée est particulièrement précieuse et fait l’objet du nouvel assaut porté par les Tech Giants qui tentent par tous les moyens de la collecter (l’émergence de nouveaux moyens de paiements comme Apple Pay/Apple Card, la carte Amazon Prime Rewards, le Google Wallet, etc.). Cette donnée, qui ne relève pas des données à caractère personnel puisque totalement anonymisée, est susceptible de jouer un rôle majeur en faveur du rayonnement Européen en matière d’Intelligence Artificielle en créant une valeur jusqu’alors inégalée. Couplée à l’Intelligence Artificielle, cette donnée offre une connaissance sectorielle puissante au travers des comportements d’achat des consommateurs et ouvre ainsi de toutes nouvelles perspectives aux entreprises européennes (je vous invite à retrouver l’excellente tribune de Charles de Gastines dédiée à l’analyse de la donnée bancaire).

Conclusion

En somme, plus qu’une simple tendance passagère, l’Intelligence Artificielle a vocation à s’inscrire dans la durée et à conduire un changement nécessaire, profond et durable. C’est pour cette raison fondamentale, que le gouvernement français, la Commission Européenne et l’ensemble des entreprises doivent s’engager à soutenir les initiatives françaises et européennes en matière d’Intelligence Artificielle. Nous devons faire le choix aujourd’hui de prendre place dans le monde de demain qui se dessine déjà sous nos yeux.

Future is bright !

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